Article publi-rédactionnel
Votre entreprise compte plus de 50 salariés mais aucun syndicat n’est implanté. La question revient chaque année : faut-il quand même organiser des négociations annuelles obligatoires ? Les données 2023 de la DARES sur la négociation collective révèlent que 41,6 % des entreprises n’ayant pas négocié sont dépourvues de représentant du personnel. Un chiffre qui masque une réalité juridique plus nuancée : l’absence de délégué syndical ne signifie pas l’absence totale de dialogue social. CE Expertises accompagne les élus CSE confrontés à cette situation pour identifier les leviers d’action disponibles.
Ce que vous devez retenir sur les NAO sans délégué syndical :
- L’obligation de NAO au sens strict disparaît sans délégué syndical, mais des alternatives légales existent
- Le mandatement syndical permet aux élus CSE de négocier sur tous les thèmes des NAO
- La pénalité égalité professionnelle (jusqu’à 1 % de la masse salariale) s’applique même sans DS
- Depuis janvier 2026, un malus sur les cotisations vieillesse sanctionne l’absence de négociation sur l’emploi des seniors
La confusion entre présence syndicale et obligation de négocier est l’une des erreurs les plus fréquemment observées dans les entreprises de taille intermédiaire. Beaucoup de dirigeants pensent, à tort, qu’en l’absence de section syndicale, toute discussion formelle sur les salaires devient facultative. La réalité juridique est plus subtile, et les représentants du personnel disposent de marges de manœuvre souvent méconnues.
Ce guide détaille les mécanismes légaux permettant de maintenir un dialogue social structuré, même sans délégué syndical désigné. Les élus CSE y trouveront des réponses concrètes sur leurs prérogatives et les risques encourus par l’employeur en cas de blocage.
NAO et délégué syndical : une obligation liée mais pas absolue
Sans délégué syndical, l’entreprise n’est pas soumise à l’obligation de NAO au sens strict de l’article L.2242-1. Toutefois, des modalités alternatives de négociation existent pour les entreprises de 50 salariés et plus, permettant de conclure des accords collectifs sur les mêmes thèmes.
Le Code du travail conditionne l’engagement des négociations annuelles obligatoires à la présence d’au moins une section syndicale représentative dans l’entreprise. Concrètement, c’est le délégué syndical qui détient le monopole de la négociation collective au nom des salariés. Sans lui, l’employeur n’a pas d’interlocuteur légalement habilité à signer un accord NAO classique.

Cette situation concerne un nombre croissant d’entreprises. Selon les données 2023 de la DARES, seulement 16,2 % des entreprises de 10 salariés ou plus engagent une négociation collective. L’écart est saisissant selon la présence syndicale : 81,8 % des entreprises pourvues de délégués syndicaux négocient, contre seulement 23,9 % de celles ne disposant que d’élus non mandatés.
La distinction est essentielle pour comprendre vos obligations. Prenons une situation classique : une ETI de 180 salariés dont le dernier délégué syndical a quitté l’entreprise il y a deux ans. L’employeur n’est plus tenu d’engager les NAO au sens de l’article L.2242-1. Mais cela ne signifie pas que toute négociation collective devient impossible, ni que certaines obligations disparaissent totalement.
Car le législateur a prévu des voies alternatives, notamment depuis les ordonnances de 2017. Ces mécanismes permettent aux élus du CSE de suppléer, sous conditions, l’absence de délégué syndical pour certains types d’accords. Pour approfondir les cas d’exemption, consultez les limites d’application des NAO qui détaillent les situations où l’obligation ne s’applique pas.
Négocier sans délégué syndical : les alternatives prévues par le Code du travail
Le Code du travail organise un système de négociation à plusieurs étages pour les entreprises dépourvues de délégué syndical. Trois modalités coexistent, chacune avec ses conditions propres et son champ d’application. Le choix dépend de la configuration de l’entreprise et de la volonté des acteurs en présence.
Le mandatement d’un salarié par une organisation syndicale
Cette première option permet à un salarié de l’entreprise de recevoir un mandat d’une organisation syndicale représentative au niveau de la branche ou national. Comme l’indiquent les articles L.2232-21 à L.2232-29 du Code du travail, le salarié mandaté peut alors négocier et conclure des accords sur tous les thèmes ouverts à la négociation d’entreprise, y compris ceux des NAO.
L’employeur doit informer les syndicats représentatifs de sa décision d’engager des négociations. Une même organisation ne peut mandater qu’un seul salarié. L’accord conclu doit ensuite être approuvé par référendum des salariés, à la majorité des suffrages exprimés.
La négociation avec les élus du CSE mandatés
Les membres titulaires du Comité Social et Économique peuvent également être mandatés par un syndicat représentatif pour négocier. Cette option présente l’avantage de s’appuyer sur des élus déjà familiarisés avec les enjeux de l’entreprise et disposant d’heures de délégation.
Le champ de négociation est identique à celui du salarié mandaté : tous les thèmes sont accessibles, des salaires effectifs à l’égalité professionnelle. La validation par référendum reste obligatoire, garantissant la légitimité démocratique de l’accord.
La négociation avec les élus non mandatés (accords limités)
Sans mandatement syndical, les élus du CSE conservent une capacité de négociation, mais restreinte. Ils ne peuvent conclure d’accords que sur des mesures dont la mise en œuvre est subordonnée par la loi à un accord collectif, excluant de fait les thèmes centraux des NAO comme la politique salariale générale.
Cette limitation explique pourquoi le mandatement reste la voie privilégiée pour les entreprises souhaitant maintenir un dialogue social complet en l’absence de délégué syndical.
| Modalité | Qui négocie | Thèmes négociables | Majorité requise | Formalités |
|---|---|---|---|---|
| Salarié mandaté | Salarié de l’entreprise mandaté par un syndicat | Tous thèmes NAO | Référendum salariés (majorité suffrages) | Information syndicats + accord écrit + dépôt |
| Élus CSE mandatés | Titulaires CSE mandatés par un syndicat | Tous thèmes NAO | Référendum salariés (majorité suffrages) | Information syndicats + accord écrit + dépôt |
| Élus CSE non mandatés | Titulaires CSE sans mandat syndical | Thèmes limités (hors politique salariale générale) | Majorité des titulaires CSE | Accord écrit + dépôt |
La pratique du marché démontre que les entreprises ayant recours au mandatement obtiennent des accords plus complets et mieux acceptés par les salariés. Le passage par un syndicat, même externe, apporte une expertise juridique et une légitimité qui sécurisent la négociation.

CE Expertises : l’accompagnement des élus CSE dans les négociations
Face à l’absence de délégué syndical, les élus du CSE se retrouvent souvent démunis. La complexité des textes, l’articulation entre consultation et négociation, l’accès aux données économiques : autant d’obstacles qui freinent l’initiative. C’est précisément sur ce terrain que l’expertise d’un cabinet spécialisé dans les instances représentatives du personnel prend tout son sens.
Services CE Expertises pour la préparation des NAO : Audit de la situation sociale de l’entreprise, analyse des données de la BDESE, préparation des arguments chiffrés sur les écarts de rémunération, accompagnement tout au long du processus de négociation.
CE Expertises intervient exclusivement aux côtés des représentants du personnel, jamais pour les directions. Cette posture garantit un accompagnement aligné avec les intérêts des salariés. L’audit préalable permet d’identifier les marges de manœuvre réelles de l’entreprise : évolution de la masse salariale, résultats financiers, écarts de rémunération entre catégories ou entre femmes et hommes.
La professionnalisation des élus constitue un axe majeur de cet accompagnement. Comprendre la structure d’un compte de résultat, analyser un index égalité professionnelle, formuler des revendications chiffrées et argumentées : ces compétences transforment le rapport de force dans la négociation. Les élus accompagnés par CE Expertises arrivent en réunion avec des données vérifiées et des propositions structurées.
Points de vigilance avant de solliciter un accompagnement NAO
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Vérifier l’effectif de l’entreprise (seuil de 50 salariés sur 12 mois consécutifs)
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Identifier la présence ou non de syndicats représentatifs dans la branche
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Demander l’accès à la BDESE auprès de l’employeur
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Recenser les thèmes prioritaires pour les salariés (salaires, temps de travail, égalité)
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Préparer les données comparatives (évolution des salaires sur 3 ans, index égalité)
L’accompagnement ne se limite pas à la préparation technique. CE Expertises aide également les élus à comprendre les procédures de mandatement, à contacter les organisations syndicales susceptibles de les mandater, et à sécuriser juridiquement les accords conclus. Cette montée en compétence bénéficie au-delà des seules NAO : elle renforce durablement la capacité d’action du CSE.
Sanctions et risques en cas de non-respect des obligations de négociation
L’absence de délégué syndical ne fait pas disparaître toutes les obligations de l’employeur. Certaines sanctions s’appliquent indépendamment de la configuration syndicale, notamment sur l’égalité professionnelle. Et depuis 2025, de nouvelles contraintes sont venues s’ajouter au dispositif existant.
Pénalité égalité professionnelle : Les entreprises de 50 salariés et plus qui ne sont pas couvertes par un accord ou un plan d’action sur l’égalité professionnelle s’exposent à une pénalité pouvant atteindre 1 % de la masse salariale, même en l’absence de délégué syndical.
Cette pénalité, prévue à l’article L.2242-8 du Code du travail, s’applique dès lors que l’entreprise n’a pas engagé de négociation sur ce thème ou n’a pas établi de plan d’action unilatéral en cas d’échec. L’absence de délégué syndical ne constitue pas une excuse : l’employeur doit alors mettre en place un plan d’action après consultation du CSE.
Comme le précise la fiche du Ministère du Travail sur les négociations obligatoires, depuis le 26 octobre 2025, un quatrième bloc de négociation obligatoire s’est ajouté pour les entreprises de 300 salariés et plus : l’emploi des salariés expérimentés. À compter du 1er janvier 2026, un malus sur les cotisations vieillesse sanctionne l’absence de négociation ou d’accord sur ce thème.

Le délit d’entrave constitue l’autre risque majeur. Si l’employeur refuse de négocier alors qu’un délégué syndical est présent, ou s’il négocie avec d’autres interlocuteurs que les délégués syndicaux habilités, il s’expose à des poursuites pénales. L’article L.2146-1 prévoit une amende pouvant atteindre 7 500 euros, voire une peine d’emprisonnement en cas de récidive.
Pour les représentants du personnel, ces sanctions constituent des leviers de pression légitimes. Un employeur qui refuse d’ouvrir des négociations alors qu’un mandatement est proposé prend un risque juridique réel. La menace d’une saisine de l’inspection du travail ou d’une action en justice suffit parfois à débloquer des situations enlisées.
Vos questions sur les NAO sans délégué syndical
Questions fréquentes sur les NAO sans délégué syndical
Le CSE peut-il remplacer le délégué syndical pour les NAO ?
Pas directement. Le CSE a un rôle de consultation, pas de négociation au sens du Code du travail. Toutefois, les élus titulaires du CSE peuvent être mandatés par un syndicat représentatif pour négocier sur tous les thèmes des NAO. Sans mandatement, leur capacité de négociation reste limitée à certains accords spécifiques.
Que risque l’employeur s’il refuse de négocier ?
Si un délégué syndical est présent et que l’employeur refuse d’engager les NAO, il s’expose au délit d’entrave (amende jusqu’à 7 500 €). En l’absence de DS, le risque principal concerne la pénalité égalité professionnelle (1 % de la masse salariale) en cas d’absence d’accord ou de plan d’action sur ce thème.
Comment obtenir un mandatement syndical ?
Un élu ou un salarié doit contacter une organisation syndicale représentative au niveau de la branche ou national (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC). Le syndicat apprécie la demande et peut délivrer un mandat écrit autorisant à négocier au nom des salariés. L’accord conclu devra ensuite être validé par référendum.
Les NAO sont-elles obligatoires dans les PME de moins de 50 salariés ?
Non. L’obligation de NAO s’applique aux entreprises de 50 salariés et plus, à condition qu’une section syndicale représentative soit constituée. Les entreprises de moins de 50 salariés ne sont pas soumises à cette obligation, même si elles disposent d’un CSE.
Peut-on négocier une augmentation générale sans syndicat ?
Oui, via le mandatement. Un élu CSE mandaté par un syndicat peut négocier sur les salaires effectifs, au même titre qu’un délégué syndical. L’accord devra être approuvé par référendum des salariés. Sans mandatement, les élus CSE ne peuvent pas négocier directement sur la politique salariale générale.
La prochaine étape pour les élus CSE
Votre plan d’action immédiat
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Vérifier si votre entreprise dépasse le seuil de 50 salariés depuis plus de 12 mois
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Demander officiellement l’accès à la BDESE avant toute démarche de négociation
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Contacter un syndicat représentatif de votre branche pour explorer le mandatement
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Solliciter un cabinet d’expertise CSE pour un audit de votre situation sociale
L’absence de délégué syndical ne doit pas paralyser le dialogue social. Les mécanismes de substitution existent, encore faut-il les connaître et savoir les activer. Face à une direction qui invoquerait l’absence de syndicat pour refuser toute discussion, les élus disposent désormais d’arguments solides et de procédures clairement balisées par le Code du travail.
Précisions sur le cadre légal des NAO
- Ce contenu ne remplace pas une analyse juridique adaptée à la situation spécifique de votre entreprise
- Les règles mentionnées peuvent évoluer selon les réformes du Code du travail
- Chaque configuration d’entreprise (effectif, secteur, accords de branche) nécessite une analyse particulière
Risques à considérer :
- Risque de délit d’entrave si l’employeur refuse d’engager les négociations malgré la présence syndicale
- Risque de pénalité financière (1 % masse salariale) en l’absence d’accord ou PV de désaccord sur l’égalité professionnelle
- Risque de contestation des décisions unilatérales prises sans négociation préalable
Organisme à consulter : expert-comptable spécialisé CSE, avocat en droit social ou inspection du travail.
